18 Novembre 2009

Permalink 13:18 pm, Mathieu Turbide / À Montréal, 795 mots  

Gérald veut savoir

(chronique parue le 18 novembre dans Le Journal de Montréal)


Rarement un politicien québécois n’a été autant malmené que Gérald Tremblay l’a été pendant les six derniers mois.

Floué par ses proches collaborateurs qui ne lui disaient pas tout, pris au dépourvu face à des situations indéfendables, le maire de Montréal a sans cesse répété qu’il « ne savait pas ». Tellement que ça en devenait ridicule.

Même si Gérald Tremblay a parfois laissé croire qu’il aimait cela – en se prêtant par exemple au jeu de l’Infoman –, personne n’aime être ridiculisé.
Voilà pourquoi Gérald Tremblay tient absolument à tout contrôler, pendant ce troisième mandat. Fini le temps où il se fiait sur ses lieutenants pour gérer la Ville. Dorénavant, le maire dirigera la Ville, le comité exécutif, le centre-ville et le conseil d’agglomération.

Si quelque chose lui échappe, il n’aura que lui à blâmer. Il ne pourra plus dire: je ne savais pas.

Richard Bergeron

C’est aussi de cette façon qu’il faut analyser l’arrivée de Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal, au sein du comité exécutif de la Ville.
En confiant à l’un de ses adversaires les plus sévères la responsabilité de gérer le plan d’urbanisme de Montréal, Gérald Tremblay se met à l’abri de la critique.
Car Richard Bergeron, en acceptant de siéger au comité exécutif, accepte aussi la solidarité qui lie normalement les membres du ce comité. C’est un peu comme le principe de la solidarité ministérielle. En siégeant au comité exécutif, Richard Bergeron gagne la possibilité d’influencer le vote de ses collègues, il gagne le droit de se prononcer et de proposer des projets sur les questions les plus importantes pour la Ville de Montréal. Mais une fois les décisions prises, qu’il ait réussi ou non à convaincre les autres membres du comité, il devra se rallier.

Remarquez que le maire Tremblay n’a pas poussé l’audace jusqu’à donner à Richard Bergeron, la responsabilité du plan de transport, le dada du chef de Projet Montréal . C’est en transport que Richard Bergeron propose les projets les plus tape-à-l’oeil, mais aussi les plus coûteux.
Urbaniste chevronné, Richard Bergeron s’occupera donc de choses qu’il maîtrise bien. Sa vision très ambitieuse de Montréal pourra même servir le maire Tremblay, qui souhaite aller vite dans ce troisième mandat, notamment pour changer le visage du centre-ville de Montréal.

Harel isolée ?

En choisissant Lyn Thériault, de Vision Montréal, pour s’occuper du développement social et communautaire, le maire adopte une tout autre attitude envers le parti de Louise Harel.
La chef de Vision Montréal souhaitait qu’il recrute son bras droit, Pierre Lampron. M. Lampron, ex-pdg de la SODEC, aurait été, sans l’ombre d’un doute, un excellent responsable du dossier culturel. Surtout que le champion de la culture dans l’équipe de Tremblay, Robert Pilon, a mordu la poussière aux élections.

Cela donne à penser que Tremblay souhaite isoler Louise Harel.

Car, rappelons-le: Lyn Thériault, ex-mairesse de l‘arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, a dû laisser la place à l’ex-député bloquiste Réal Ménard, quand Louise Harel a pris la tête de Vision Montrél. On imagine qu’elle ne l’a pas fait de gaiété de coeur.
Qui plus est, c’est une fervente libérale., ex-candidate de Jean Charest dans le comté de Bourget contre Maka Koto, il y a à peine un an. Sachant que les vire-capots sont légion en politique municipale, cela fait d’elle une proie intéressante pour le parti de Gérald Tremblay.

MISE À JOUR: Lavallée et Labrecque

On le sait, plusieurs des candidats préférés de Gérald Tremblay n’ont pas été élus, le 1er novembre. Diane Lemieux est devenue sa chef de cabinet, mais il est évident qu’au moins deux autres proches du maire seront nommés à des postes politiques ou administratifs bientôt.
André Lavallée, ex-maire de Rosemont, pourrait devenir le chef de cabinet du maire de l’arrondissement Ville-Marie qui n’est nul autre que Gérald Tremblay.
MISE À JOUR: Il a effectivement été nommé à ce poste ce matin par le maire Tremblay, en plus de devenir conseiller spécial du maire sur les questions de transport.


Quant à Michel Labrecque, ex-président de la Société de transport de Montréal et vaincu comme maire du Plateau-Mont-Royal, il pourrait fort bien se retrouver dans un poste touchant les transports ou l’environnement.


Permalien 2 commentaires Bookmark and Share

17 Novembre 2009

Permalink 11:30 am, Mathieu Turbide / À l'Assemblée nationale, Ailleurs au Québec..., 565 mots  

La vision du nouveau président de la FPJQ

(texte paru dans Le Journal de Montréal, ce matin)

myles


La qualité pour sortir de la crise

Brian Myles, le journaliste du Devoir qui a été élu président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), dimanche, croit que les médias devront miser sur la qualité de l’information pour se sortir de la crise qui les secoue actuellement.

M. Myles dit toutefois ne pas connaître la recette magique pour sortir de la crise. « Si je l'avais, je serais un génie », souligne-t-il, en entrevue au Journal de Montréal.

Le nouveau président de la FPJQ reconnaît que les médias – notamment les journaux – vivent des moments difficiles.
« Le modèle d'affaires traditionnel est mis à mal. C’est pas juste seulement que l'Internet nous prend des lecteurs et éclate les plates-formes, mais c'est aussi que la sacro-sainte alliance de la publicité, du tirage et de l'auditoire, qui permettait d'avoir des revenus de publicité à la hausse, ce modèle-là est sous attaque. Les revenus ne se transfèrent pas. »
À son avis, l’arrivée de l’Internet permet d’explorer toutes sortes de façons de transmettre l’information. «On est dans un incubateur vraiment intéressant en ce moment. Il se fait des choses. Est-ce ça va rester ?Est-ce que ça va coller ? Est-ce que la personnalisation de l'information va être la norme ? Ça reste encore à voir », dit-il.

Les enquêtes sur la corruption

Brian Myles note toutefois que les journalistes québécois ont permis de déterrer plusieurs scandales, cette année, grâce à leurs enquêtes, particulièrement dans les domaine des affaires criminelles, secteur qu’il couvre depuis plusieurs années.
« Dans mon domaine, les faits divers, il faut remonter à la Commission Cliche pour retrouver une charge aussi forte contre la corruption, la collusion. Et ce n’est pas venu que d'une entreprise, c'est venu de plusieurs, d’un peu tout le monde », fait-il remarquer.

Par contre, selon lui, tout n’est pas rose. Il dit s’inquiéter de la concentration de la presse, d’une certaine diminution des sources d’information et du contrôle de l’information exercé par des maires de petites municipalités, surtout en région.
« Il y a des maires qui ont été habitués d'être élu sans partage. Ils ont pris l'habitude de ne pas partager l'information, qui est pourtant publique », dénonce-t-il.

David Letterman et Jean-René Dufort

La montée des blogues et de ces gens qui se disent « journalistes-citoyens » ne lui fait pas peur. Par contre, dit-il, les journalistes doivent mieux expliquer leur travail à la population.
« On a peut-être de la pédagogie à faire. Il y a des gens aux États-Unis qui pensent que David Letterman est un journaliste. Ici, on peut faire la même comparaison avec Jean-René Dufort. La meilleure pédagogie qu'on peut donner, c'est quand on fait des enquêtes puis du travail de qualité », croit-il.

• La première priorité de la FPJQ, sous Brian Myles, sera de prendre position au nom des journalistes, devant le comité formé récemment par la ministre des Communications Christine Saint-Pierre et présidé par l’ancienne journaliste Dominique Payette. Ce comité a un mandat très large: analyser l'impact des nouvelles technologies sur l'information, la diversité des sources, la qualité du français, la place des nouvelles internationales, etc.)
Permalien 1 commentaire Bookmark and Share

16 Novembre 2009

Permalink 00:05 am, Mathieu Turbide / À l'Assemblée nationale, 1051 mots  

Jacques Parizeau veut relancer la réflexion sur la souveraineté

Bon voilà, j'ai lu LE livre politique de l'automne politique au Québec, celui de Jacques Parizeau.

par

Au départ, je dois vous dire que ce n'est pas la bombe que certains craignaient. Ou espéraient.

Mais c'est un bouquin bien écrit, qui vient en quelque sorte «faire la job» que ne fait plus le Parti québécois, c'est à dire réfléchir sur le projet de la souveraineté du Québec.

Incroyable de penser que c'est un homme de 79 ans, retraité et pas en très bonne forme physique, qui réussit à faire ce que tout un parti ne réussit pas: exprimer clairement l'idée souverainiste et la remettre au goût du jour.

Évidemment, on n'est d'accord ou pas avec les idées de «Monsieur». Les fédéralistes ne s'y retrouveront pas du tout. Et ils reprocheront encore à M. Parizeau ses critiques faciles du fédéralisme. Mais on doit reconnaître que dans cet ouvrage, l'auteur se concentre surtout sur la définition (et la viabilité) du projet de souverainiste, plutôt que sur la critique de l'ennemi fédéral.

Seules exceptions: Paul Desmarais de Power Corp, les médias fédéralistes, Nicolas Sarkozy, qui ont tous droit à des critiques bien senties.


Voici plusieurs extraits choisis du livre La Souveraineté: hier, aujourd'hui et demain:


Sur ce qui arriverait après une victoire du Oui au référendum:
« C'est pourquoi il est tellement important que le mouvement souverainiste élabore les programmes de gouvernement d'un Québec indépendant, avant même de prendre le pouvoir. Il faut tirer les leçons de 1995. »


Sur la question identitaire:
« Dire « nous » en parlant des Québécois est devenu suspect. Peut-être ce «nous» exclut-il les anglophones? les immigrants de fraiche date? Les musulmans? Peut-être est-ce la preuve que le Québécois de souche bien sûr, est raciste? La Commission Bouchard-Taylor, dont toutes les audiences publiques ont été diffusés à heure de grande écoute, à la télévision de Radio-Canada, a été un exercice de provocation. Dans un pays moins placidee, cela aurait pu mal tourner. »

« Les anglophones de souche ont des droits acquis qui n'incluent pas le droit d'angliciser les nouveaux arrivants. »

« Les Québécois acceptent sans difficulté, je pense, qu'un Québécois est celui qui veut l'être. Quant à celui qui ne le veut pas, on n'a pas le choix. La Charte des droits s'applique à lui aussi. »


Au sujet de la gauche souverainiste:
« Les deux parties indépendantistes sont de centre gauche. Comme tous les partis progressistes d'Occident, ils doivent repenser leurs rapports avec le syndicalisme, avec le capitalisme d'État, bloquer les dérive vers la défense des droits acquis qui finissent par aboutir à des formes de corporatisme, accentuer la défense des plus fragiles, s'adapter à la mondialisation. »



Au sujet de Paul Desmarais (propriétaire de Power Corporation et de La Presse):
«Milliardaire, ce dernier (Desmarais) a fait sa fortune grâce à un sens prodigieux de ce qu'il faut acheter à temps et vendre à temps. C'est n'est pas vraiment un entrepreneur mais plutôt un grand financier. La politique le fascine. Fédéraliste convaincu, il lutte depuis toujours contre le mouvement souverainiste. S'il a commencé sa carrière au Québec (même s'il vient d'une petite ville de l'Ontario), il va se débarrasser assez tôt de tous ses intérêts québécois sauf les journaux et un immense domaine, Sagard, dans le comté de Charlevoix. »


Au sujet de la relation entre Paul Desmarais et Nicolas Sarkozy:
« Il faut lire les propos dithyrambiques avec lesquels le président français souligne les services que Paul Desmarais a rendus, non pas à la France, mais au nouveau président. La reconnaissance de l'un à l'égard de l'autre va complètement bouleverser la donne des rapports entre le Québec, la France et le Canada.
En quelques mois, le président Sarkozy, pour faire plaisir à son ami, va tellement en rajouter, que le premier ministre du Québec, tout fédéraliste qu'il soit, va être forcé de calmer le jeu et, au fond, de désavouer l'exubérant président. Quant à Paul Desmarais, après sept pages d'entrevue dans l'hebdomadaire français le Point, il va revenir à sa place, celle qui consiste à tirer les ficelles sans faire de vagues. »


À propos des médias:
« Quelques mois avant notre référendum de 1995, la Slovaquie devient tout à coup l'objet d'une curiosité vorace de la part des plus grands noms des médias canadiens et québécois. [...] Tout ça pour dire aux Québécois: «Méfiez-vous, regardez vers quel gouffre on veut vous entraîner.»
[...] Par la suite, la Slovaquie disparaît de nos médias comme par enchantement. Sa vie utile pour la cause fédéraliste est terminée. [...] En 1995, le taux de croissance de la Slovaquie est, en termes réels, a été de 7%, un des plus élevés, sinon le plus élevé de tous les pays d'Europe. [...] En somme, tout ce qu'on nous a laissé entendre est faux. Mais cela, après tout n'a pas d'importance... Ce qui compte essentiellement, c'est que le NON l'emporte au référendum de 1995. »


Il propose une deuxième assemblée, celle des régions:
«Une seconde chambre, qui pourrait s'appeler l'Assemblée des régions, serait constituée d'un nombre de représentants égal à celui des députés élus directement par les comtés, soit 75. [...] Cette assemblée aurait à examiner l'impact régional de la législation et du budget. Elle aurait le pouvoir de proposer des amendements à l'Assemblée nationale sur tout ce qui a un impact régional, mais un pouvoir de veto sur certaines dispositions essentielles à la vie des régions, par exemple, les budgets des universités autres que celles de Montréal et de Québec [...] L'important dans cette opération, c'est que l'on atténue l'opposition entre Montréal et les régions. »


Au sujet de la mondialisation et du projet souverainiste:
« Je pense qu'au contraire, la mondialisation rend plus nécessaire que jamais le rôle traditionnel de l'État-nation. Face aux menaces, aux abus, aux dérives que, au-delà d'indiscutables avantages, la mondialisation entraîne, le citoyen ne dispose vraiment que d'un seul protecteur: l'État. »

Permalien 46 commentaires Bookmark and Share

15 Novembre 2009

Permalink 22:14 pm, Mathieu Turbide / À l'Assemblée nationale, 27 mots  

«Monsieur» Parizeau a commencé à bloguer

C'est ici.
À minuit une minute (embargo oblige), je vous livre mes impressions sur le livre, que j'ai lu. Et quelques extraits du livre aussi. À tout de suite.
Permalien 1 commentaire Bookmark and Share
Permalink 10:14 am, Mathieu Turbide / À l'Assemblée nationale, 409 mots  

Nominations partisanes: est-ce acceptable?

barrette

Dans un article publié ce matin dans Le Journal de Montréal, je souligne la nomination récente d'un ancien attaché de presse du Parti libéral et du premier ministre Jean Charest à un poste élevé dans la fonction publique: sous-ministre adjoint au ministère de la Famille et des Aînés.

Dans le texte, je note d'entrée de jeu que Christian Barrette n'a, dans son c.v., qu'un diplôme d'études collégiales. Cette remarque m'a valu quelques critiques de lecteurs qui soutiennent qu'on ne mesure pas le talent d'une personne à la hauteur de ses diplômes. Ils ont raison. Je serais d'ailleurs bête de soutenir l'inverse, moi qui n'ait, exactement comme M. Barrette, qu'un diplôme d'études collégiales en Journalisme...

Mais ce que je voulais souligner dans mon texte de ce matin, c'est le caractère PARTISAN de l'embauche de Christian Barrette à un poste très bien payé dans la haute fonction publique, dans l'appareil d'État, sensé être neutre et compétent.

Posez-vous la question suivante: si M. Barrette n'avait pas été attaché de presse chez les libéraux pendant des années, aurait-il pu sérieusement être considéré comme sous-ministre adjoint dans un ministère? ET je souligne qu'il n'aura pas comme tâche de s'occuper des communications, il se chargera plutôt de l'administration générale et des opérations, selon le porte-parole du ministère, Étienne Gauthier. Donc, si on considère l'expérience requise, M. Barrette n'a ni les diplômes, ni l'expérience pour occuper un tel poste. Qu'est-ce qui l'a donc qualifié?

Les nominations partisanes dans la fonction publique font partie de la politique depuis toujours, me disent d'autres lecteurs. Ah oui? Et comme ça existe depuis longtemps, c'est correct?

Pourtant, TOUS les partis, quand ils sont dans l'opposition dénoncent vertement les nominations partisanes. On l'a vu récemment quand le Parti libéral du Canada a dénoncé l'embauche de plusieurs «amis» des conservateurs à des postes dans la fonction publique. Les libéraux de Jean Charest ont eux aussi dénoncé les nominations partisanes des «amis» péquistes lorsque le PQ était au pouvoir. Je suis convaincu que dans sa longue carrière d'attaché de presse, Christian Barrette a déjà dû rédiger un communiqué de presse ou un discours dans lequel il dénonçait le patronage des péquistes.

Et il aurait eu raison de le faire.
Permalien 12 commentaires Bookmark and Share

:: Page suivante >>